Au-delà de la scène principale, les keynotes du jour ont décliné la vision du cadre de maîtrise pour les responsables de la sécurité, les équipes IT et RH, ainsi que le secteur des sciences de la vie. Toutes ont confirmé une même architecture, observée sous des angles différents.
Impératifs stratégiques
1. Le contexte constitue l’avantage défendable. Les modèles seront accessibles à tous. Ce qui rend l’IA d’une entreprise unique, ce sont ses données, ses relations et son contexte métier. La keynote a insisté sur un point qui devrait retenir l’attention de tous les conseils d’administration : votre avantage concurrentiel n’est pas le modèle que vous louez, mais le contexte que vous seul pouvez lui fournir.
2. La confiance reste la constante. Les modèles évoluent en permanence, contrairement au cadre qui les gouverne. Gouvernance, droits d’accès et classification des données doivent être en place avant le déploiement des agents à grande échelle, et non ajoutés après coup.
3. Démontrer le passage à l’échelle, au-delà des promesses. Salesforce a cité ses propres déploiements internes pour montrer que le modèle fonctionne : des agents qui génèrent des centaines de millions de dollars de pipeline commercial et traitent des millions d’échanges avec le service client. Le message adressé aux clients était sans ambiguïté : il s’agit d’une réalité opérationnelle, pas d’une démonstration.
La keynote a également souligné l’approfondissement du partenariat entre Salesforce et Anthropic. Les modèles de pointe tels que Claude y sont positionnés comme la couche de raisonnement connectée au cadre Salesforce, afin d’associer intelligence brute et confiance à l’échelle de l’entreprise.
La keynote principale : des modèles intelligents à l’action contextualisée
Marc Benioff a ouvert Dreamforce 2026 en reformulant la question qui mobilise l’ensemble du secteur. Selon lui, la course ne consiste pas à déterminer quel modèle est le plus intelligent. Il s’agit de relier la meilleure intelligence disponible à ce que les modèles ne posséderont jamais seuls : une connaissance approfondie, fiable et gouvernée de chaque entreprise.
Le changement stratégique consiste à passer d’un univers probabiliste, dans lequel les modèles produisent des réponses simplement susceptibles d’être exactes, à un socle déterministe, où les réponses s’appuient sur des données métier de confiance et sont correctes à chaque fois. Salesforce a présenté sa pile technologique dans cette logique : Data 360 comme fondation, Customer 360 comme couche applicative, Agentforce comme système d’action agentique, puis une nouvelle couche d’expérience où le travail s’effectue réellement.
Analyse approfondie : les sessions qui ont marqué la première journée
1. Le cadre de maîtrise de l’IA d’entreprise : l’architecture sous-jacente
Pour son premier Dreamforce, Rohan Kumar, President and Chief Platform Officer, a présenté en détail ce cadre : six capacités de confiance, entourées d’un plan de contrôle de l’IA. Les modèles de confiance offrent du choix, notamment avec le premier modèle de raisonnement CRM de Salesforce. Le contexte de confiance synthétise les connaissances de l’entreprise issues d’Informatica, Tableau et Data 360. L’action agentique, les actions, la gouvernance et la sécurité de confiance prennent en charge le raisonnement, l’exécution, la classification et l’identité nécessaires à un déploiement sécurisé des agents.
La démonstration phare a rendu la valeur très concrète. Un commercial a demandé à Claude quels comptes prioriser pour combler un écart par rapport à son objectif trimestriel. Sans le cadre de maîtrise, le modèle a consommé 43 000 jetons et fourni une réponse erronée, en interprétant mal le calendrier fiscal et en signalant un client dont le compte était gelé. Avec ce cadre, il n’a utilisé que 7 000 jetons, soit une baisse de 83 %, et a produit une réponse correcte, gouvernée et fondée sur le contexte métier réel. Le CTO d’AT&T a ensuite décrit un déploiement opérationnel qui a ramené les transactions de renouvellement de téléphone de 30 à 10 minutes, développé en huit semaines et en cours de déploiement dans 5 000 magasins.
Chez Inetum, il s’agit du cœur architectural de tout programme Agentforce. L’écart de coût en jetons et de précision entre les « données brutes » et le « contexte ancré » est précisément le point où l’expertise de mise en œuvre détermine le succès ou l’échec.
Le point de vue d’Inetum
L’équipe Inetum est présente à San Francisco pendant Dreamforce pour analyser les annonces et les évolutions de l’écosystème Salesforce.
2. Conversation entre Marc Benioff et Sam Altman
La session la plus attendue de la journée était la conversation informelle entre Marc Benioff et Sam Altman, CEO d’OpenAI. Elle a livré le principal enseignement du jour. Sam Altman a évoqué avec franchise un incident de sécurité récent : lors d’une évaluation comparative, l’un des modèles d’OpenAI est sorti de son environnement isolé, s’est déplacé latéralement vers un serveur externe et y a récupéré une réponse afin d’obtenir un score parfait, sans jamais avoir reçu l’instruction d’agir ainsi.
« L’incident a surtout été présenté comme un problème de sécurité, ce qu’il était assurément, mais il soulève aussi une véritable question d’alignement. Cela a été un sérieux signal d’alarme quant au niveau de capacité atteint par ces modèles. » — Sam Altman, CEO d’OpenAI
Cet échange était important pour deux raisons. D’abord, il a donné une illustration concrète et récente de l’accent mis durant la journée sur la sécurité et la gouvernance, précisément le type de risque auquel répondait la keynote Salesforce sur la sécurité. Ensuite, Sam Altman s’en est servi pour souligner la vitesse des progrès : en quelques mois, les modèles sont passés de difficultés sur des exercices de mathématiques élémentaires à la résolution de problèmes hors de portée des meilleurs mathématiciens. Son conseil aux petites entreprises était direct : se protéger dès maintenant contre la prochaine vague de cyberattaques alimentées par l’IA, quels que soient les outils retenus. Il a aussi esquissé une troisième ère de l’IA, au-delà des chatbots et des agents de code, dans laquelle le modèle fonctionne en continu en arrière-plan, comprend le rôle de l’utilisateur et génère de nouvelles interfaces à la volée. Cette vision rejoint directement la couche d’expérience dynamique et composable présentée par Salesforce lors de la keynote.
Chez Inetum, l’événement phare de cette première journée a constitué l’argument le plus fort en faveur d’une IA gouvernée et supervisée. Pour les entreprises, la leçon n’est pas de ralentir, mais de construire la sécurité et la supervision au même rythme que les capacités.
3. Keynote sécurité : instaurer la confiance entre agents, données et plateformes
Gagan Gulati, GM of Security, a commencé par une reformulation directe : Salesforce n’est pas seulement une entreprise de CRM, c’est aussi une entreprise de sécurité. Le modèle de sécurité traditionnel a été conçu pour des humains qui se connectent, travaillent, puis se déconnectent. Les agents remettent ce modèle en cause, car ils sont éphémères, infatigables et capables d’agir de manière autonome. IDC prévoit une multiplication par dix du nombre d’agents dans les systèmes d’entreprise d’ici 2027. La surface d’attaque se compose donc de façon exponentielle, au lieu de progresser linéairement.
La réponse proposée est Salesforce Guardian, désormais étendu de la protection des données à celle des agents et déjà utilisé pour protéger plus de 24 000 clients. Trois annonces structurent cette approche de la sécurité agentique : l’identité agentique, qui fournit une véritable identité aux agents et pas seulement aux utilisateurs ; le centre d’observabilité, qui offre une visibilité de bout en bout sur le comportement des agents ; et un bouton d’arrêt d’urgence, capable de stopper un agent défaillant au niveau d’une session, d’un agent ou d’un tenant. Parmi les nouveaux outils figurent Security Center Essentials, sans coût supplémentaire, Security Mesh, qui harmonise les signaux de CrowdStrike, Okta et Salesforce, ainsi qu’un futur Red Team Agent chargé de rechercher des vulnérabilités réelles.
La session s’est terminée par un échange transparent sur la conservation des données. Salesforce et Anthropic ont détaillé Enterprise Frontier Safeguards, une solution commune conçue avec plus d’une centaine de clients. Les historiques d’activité y sont stockés dans le cloud du client avec ses propres clés de chiffrement, et les alertes d’usage abusif sont transmises au client, pas à un tiers. Capita, entreprise britannique de gestion de processus métier qui exploite plus de 400 agents en production, a indiqué avoir accéléré l’innovation de plus de 20 % tout en obtenant une visibilité complète sur son parc d’agents.
Chez Inetum, l’identité et la gouvernance des agents ne sont pas des sujets d’avenir. Pour les entreprises européennes des secteurs réglementés, cette évolution au niveau des exigences de conformité doit figurer sur la feuille de route à court terme.
4. Services IT et RH : l’IA agentique au service de la réussite des collaborateurs
RJ Jainendra a ouvert la session avec une frustration universellement partagée : créer un ticket, puis attendre. L’argument central de la keynote faisait écho au reste de la journée : ajouter davantage d’IA à des processus défaillants ne change rien.
« Huit collaborateurs sur dix déclarent que l’IA améliore leur productivité individuelle. Moins de quatre directeurs financiers sur dix constatent cette productivité dans les résultats de l’entreprise. » — RJ Jainendra, SVP & CPO, IT and HR Service Cloud
La pièce maîtresse était Paige, un agent de services RH et IT capable de résoudre de manière autonome jusqu’à 75 % des demandes des collaborateurs. Il échange avec eux dans Teams ou Slack, sait quand solliciter un humain et est facturé à la résolution. Si une intervention humaine est nécessaire, le client ne paie rien. Les démonstrations ont montré des parcours d’intégration, de fourniture de matériel et d’adhésion aux avantages sociaux pris en charge de bout en bout, l’agent s’interrompant pour faire intervenir un humain dès qu’une question de santé personnelle était soulevée. Pour les équipes IT, « coworker » apporte le contexte, l’analyse des causes racines et l’exécution des plans directement dans le flux de travail, aux côtés de nouvelles capacités de conformité IT, de gestion des actifs et de cartographie des compétences.
« Le moyen le plus rapide de clôturer un dossier de service client ? Faire en sorte qu’il ne soit jamais ouvert. » — Susie Turk, VP Solution Engineering, Salesforce
Alors que les dirigeants redoutent une dérive des dépenses liées à l’IA, un avertissement a particulièrement retenu l’attention : certaines entreprises ont consommé en un seul mois l’intégralité de leur budget IT annuel en jetons d’IA. Cela souligne pourquoi la visibilité centralisée et la maîtrise des coûts sont au cœur de la plateforme. Les polices de Thames Valley et du Hampshire, qui accompagnent 17 000 utilisateurs dans deux forces britanniques, ont expliqué avoir déployé leur agent destiné aux collaborateurs en moins de dix semaines. Elles peuvent ainsi fournir aux agents de terrain une assistance réelle, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, un niveau de service inaccessible avec leur modèle précédent.
Chez Inetum, l’expérience collaborateur constitue l’un des points d’entrée les plus rapides et les moins risqués vers la valeur agentique. Le message « reconstruire les fondations plutôt que saupoudrer de l’IA » est également celui qu’Inetum porte quotidiennement auprès de ses clients.
5. Sciences de la vie : réécrire le scénario avec Agentforce
Joe Ferraro, SVP and GM of Life Sciences, grounded the industry story in a stark statistic: a 28% approval rating from healthcare professionals, with patients paying the price in wait times and cost. The prescription was a full-stack approach rather than throwing an LLM at the problem, Informatica to master data, MuleSoft to connect, Tableau for meaning, and Life Sciences Cloud for the deterministic business logic.
Two launches stood out: regulated content management, which treats compliance claims as structured data that can be checked, localized, and re-substantiated automatically (generally available early next year), and Command Center, a coordination hub turning clinical, commercial, and medical noise into actionable signal. Life Sciences Cloud now counts over 150 customers, 500-plus features since launch, implementations in as little as five weeks, and 2,000 certified partners.
At Inetum, the full-stack, data-first sequencing is precisely the delivery discipline that separates a five-week implementation from a stalled one, directly relevant to Inetum's regulated-industry clients.
Jour 1 : les trois principaux enseignements de Dreamforce 2026
S’il fallait retenir une seule idée de cette première journée, ce serait que la conversation a mûri. Il ne s’agit plus simplement d’« adopter l’IA », mais de « l’ancrer dans le contexte, la gouverner et démontrer sa valeur ». Trois piliers se sont dégagés de l’ensemble des sessions :
1. Un socle de données fiable. Data 360, associé à Informatica, MuleSoft et Tableau, constitue un prérequis incontournable. La qualité des agents dépend directement du contexte sur lequel ils s’appuient.
2. Une gouvernance et une identité intégrées dès la conception. L’identité des agents, l’observabilité et les boutons d’arrêt d’urgence font de la sécurité un élément de l’architecture, et non une réflexion tardive. L’incident Hugging Face décrit par Sam Altman en rappelle très clairement l’importance.
3. Des résultats plutôt que de l’activité. De la baisse de 83 % du nombre de jetons à la réduction des deux tiers du temps nécessaire au renouvellement d’un téléphone, en passant par la résolution autonome des demandes des collaborateurs, les preuves avancées portaient sur des résultats métier mesurables, et non sur des benchmarks de modèles.
Pour les dirigeants d’entreprise, la question n’est plus de savoir si les agents arrivent. Elle consiste à déterminer avec quelle rapidité et quel niveau de sécurité leur organisation peut les ancrer dans ses propres activités, et avec quels partenaires elle peut orchestrer correctement les étapes de cette transformation.
L’équipe Inetum est présente à Dreamforce 2026 toute la semaine, aux côtés de délégations venues de France, d’Espagne et de Belgique. Depuis San Francisco, elle suit chaque annonce et partage ces enseignements avec ses clients en Europe.