Mais ce regard change dès que l’on quitte l’échelle individuelle. Lorsqu’ils raisonnent sur leur environnement professionnel ou sur la société dans son ensemble, les cadres deviennent nettement plus sceptiques.
Ce malaise collectif s’exprime dans les pratiques. Quatre cadres sur dix reconnaissent utiliser des outils d’IA au travail sans en informer leur hiérarchie, un phénomène de « shadow AI » bien plus répandu que l’usage de logiciels non autorisés en général. Ce chiffre ne traduit pas un rejet des règles, mais plutôt un décalage entre la vitesse des usages et celle des cadres de gouvernance. Les individus avancent plus vite que les organisations, faute de règles claires, partagées et opérationnelles.
À cela s’ajoutent des inquiétudes plus structurelles. Près de deux tiers des cadres utilisateurs se disent préoccupés par la collecte et l’exploitation de leurs données personnelles via l’IA. Les cyber-attaques inquiètent également près de six cadres sur dix, signe que la généralisation des outils renforce autant les gains que les zones de vulnérabilité. Là encore, l’IA est acceptée dans l’usage, mais redoutée dans ses effets systémiques.