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Formation en VR chez Gerflor: "on fait en quelques heures ce qui prenait six semaines "

Chez Gerflor, former un opérateur peut prendre des mois de « doublonnage » des postes. Rémi Bousquet, chef de projet Méthodes, raconte comment la réalité virtuelle, déployée avec Inetum, optimise cet apprentissage sans remplacer l'humain.

Spécialiste des revêtements de sol, Gerflor exploite deux usines françaises, à Tarare (Rhône) et près de Montélimar, qui emploient chacune environ 800 personnes. Y former un opérateur est long et coûteux. Chef de projet Méthodes, Rémi Bousquet a piloté avec Inetum un projet de formation en réalité virtuelle : une preuve de concept fin 2024, puis sept scénarios livrés en mars 2026. Il revient sur ce qui marche, ce qui ne marche pas, et pourquoi la machine n'a pas remplacé le tuteur.

Publié le 04/08/2026

Quel problème cherchiez-vous à régler au sujet de la formation ?

Rémi Bousquet : Pour former nos opérateurs, nous nous appuyons sur le tutorat : la recrue est mise en doublon avec quelqu'un d’expérimenté. Cela dure entre un et six mois, selon les postes. Sauf que qui dit doublonnage dit mobilisation de deux personnes, et un apprentissage inégal, qui dépend autant du tuteur que du tutoré.

 

« Certains de nos scénarios reproduisent des situations potentiellement dangereuses, que nous pouvons rejouer sans jamais créer le moindre risque réel. »

Pourquoi avoir fait le choix de la réalité virtuelle, et pas la réalité augmentée ?

Rémi Bousquet : Nous avions testé la réalité augmentée en 2022-2023, pour de la maintenance, mais sans être convaincus. En 2024, j'ai rencontré Inetum sur un salon de technologies immersives à Lyon. Leur simulation de travail sur ligne, en immersion totale, a suffi à me projeter. Ce que je recherchais était simple à expliquer : un casque, une simulation, un scénario à suivre, le tout en local. Surtout, la réalité virtuelle permet de sortir l'opérateur de la ligne. Certains de nos scénarios reproduisent des situations potentiellement dangereuses, que nous pouvons rejouer autant de fois que nécessaire sans jamais créer le moindre risque réel. La réalité augmentée, elle, ne le permet pas.

Elian Cocchi, ingénieur innovation et chef de projet 3D & IA chez Inetum

« L’une des clés du succès réside dans le logiciel que nous avons développé en interne chez Inetum, mais aussi dans la transparence de notre collaboration avec le client. Au quotidien, lorsque nous avions une question, nous pouvions échanger directement avec les équipes de Gerflor et avancer étape par étape, avec un produit validé tout au long de sa conception. La technologie est aujourd’hui stable et nous permettra d’aller encore plus loin dans le sur-mesure.

Mais derrière la technologie, il y a surtout une réalité métier : permettre aux équipes de gagner du temps et de se former en toute sécurité. En simulation, une erreur de manipulation n’entraîne ni danger pour l’opérateur ni perte de production. C’est tout l’intérêt de la réalité virtuelle : reproduire les situations réelles, en supprimant les risques et en rendant les exercices reproductibles à volonté.

Cette logique dépasse largement le seul cadre industriel. Nous travaillons par exemple avec des écoles qui doivent former leurs élèves à la détection de défauts ou de pathologies. Dans la réalité, il n’est pas toujours possible d’avoir sous la main les cas nécessaires à l’apprentissage. En réalité virtuelle, on peut créer des dizaines de scénarios et les rejouer autant de fois que nécessaire, sans déplacement. Les enseignants peuvent paramétrer les exercices selon leurs besoins et reprendre un cas avec un élève qui a échoué, jusqu’à ce que le geste ou le diagnostic soit acquis.

Demain, l’intelligence artificielle pourra encore enrichir ces environnements 3D, par exemple en y intégrant des personnages capables d’interagir de façon réaliste avec l’apprenant. »

Tout se prête-t-il à la VR ?

Rémi Bousquet : Non, et c'est la leçon du premier projet de test, la réaction à un incident de production. Il y avait trop de subtilités, chaque conducteur réagissait à sa manière selon la gravité. Or un scénario en réalité virtuelle reste linéaire. C'est comme un grafcet, au fond, ce diagramme qui décrit une procédure étape par étape. Difficile d'y loger une arborescence aussi complexe avec autant de possibilités. Un scénario séquentiel fonctionne beaucoup mieux : démarrer une machine, l'arrêter, une suite de gestes identique quel que soit l'opérateur, et surtout rare dans la vie réelle. Un démarrage de ligne survient peut-être une fois par semaine ; si l'on considère qu'il faut l'avoir vécu dix fois pour valider la compétence, la formation s'étire sur dix semaines.

Comment l'immersion peut-elle être fidèle à ce point ?

Rémi Bousquet : Nous avons la chance de disposer d'une sorte de Google Street View de l'usine, captée à la caméra 3D. Inetum s'en est servi comme base : grâce à un nuage de points, ses équipes ont relevé les mesures exactes du poste sans que nous ayons à prendre la moindre cote. Le résultat est fidèle en dimensions, ce qui est l'essentiel, et en textures, même sans atteindre le photoréalisme. Tous les testeurs se sont projetés immédiatement : ils savent où ils se trouvent et où ils vont.

L'interaction passe par des manettes. Lorsque plusieurs choix se présentent, une arborescence s'affiche : la bonne réponse passe au vert, la mauvaise au rouge. Nous autorisons l'erreur, mais en expliquant aussitôt ce qu'elle provoquerait sur la machine.

« L'information se retient bien mieux qu'avec un mode opératoire papier. »

Concrètement, comment se déroule une formation ?

Rémi Bousquet : Le poste ciblé dispose désormais de son module en réalité virtuelle dans le parcours de formation. Nous ne commençons pas par lui : la recrue passe d'abord une semaine ou deux en doublon, le temps de découvrir la ligne. Vient ensuite le casque, une heure maximum par séance. Au-delà, même sans nausée, la fatigue s'installe. Nous en restons donc à deux séances d'une heure par semaine, sur trois à quatre semaines.

L'opérateur n'est jamais seul. Nous l'accompagnons à trois : lui-même, son tuteur ou un méthodiste pour les questions techniques, et un membre du service formation pour piloter l'outil. La machine ne remplace pas l'humain, mais elle nous permet de faire et refaire beaucoup plus simplement que sur une ligne de production.

Quels résultats avez-vous mesurés ?

Rémi Bousquet : Fin 2025, nous avons fait tester le casque à 30 ou 40 personnes, dont des opérateurs d'autres ateliers. Les retours ont été très positifs sur l'immersion et, surtout, sur la rétention : l'information se retient bien mieux qu'avec un mode opératoire papier. Une alternante a même comparé les deux méthodes dans son mémoire, sur des tests standardisés. Les résultats sont nets : montée en compétence plus rapide, moins de répétitions nécessaires, meilleure rétention, car la personne sait expliquer le pourquoi du comment.

Notre objectif est de réduire de 30 à 50 % le temps de doublonnage, en condensant en deux heures des gestes que nous répétions auparavant sur six semaines. Pour autant, rien ne remplace le réel : personne n'en sort apte à tenir la machine seul. Mais nous accélérons fortement la montée en compétence.

Comment ont réagi vos équipes ?

Rémi Bousquet : Nous avons dépassé l’écueil du « gadget » parce que les opérateurs ont vu dans la formation VR un vrai plus pour la production, et apporte de la nouveauté. Chausser un casque, souvent pour la première fois, cela change des modes opératoires papier.

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